Surfer les bonnes vagues… avant qu’elles ne deviennent trop coûteuses

IA, gaming, nouveaux usages : comment distinguer les ruptures qui créent de la valeur de celles qui détruisent.

Arbitrage
5 min ⋅ 17/05/2026

Je l’ai souvent dénoncé ces dernières années.

Cette impression diffuse, mais terriblement réelle, que nos économies européennes finissaient par alimenter, presque malgré elles, la machine américaine.

D’abord à travers la publicité.

Des millions d’euros investis par nos PME, nos ETI, nos startups… qui repartaient finalement vers les États-Unis.

Google. Meta. Amazon.

À chaque campagne marketing. À chaque clic. À chaque budget communication.

Nous avions construit des entreprises européennes… sur des infrastructures américaines.

Et déjà, cela m’interpellait. Parce qu’au-delà des services rendus, une partie croissante de la valeur créée en Europe finissait captée ailleurs.

J’avais du mal à imaginer que les choses puissent devenir plus extrêmes. Et pourtant.

Le tournant pris aujourd’hui par l’intelligence artificielle est probablement encore plus violent.

Car cette fois, nous ne parlons plus seulement de marketing. Nous parlons du cœur même de la productivité des entreprises.

Depuis quelques mois, un phénomène s’accélère silencieusement.

Des entreprises européennes remplacent progressivement certaines tâches réalisées par leurs développeurs, analystes, juristes, marketers ou consultants…

par des agents IA. Claude Code. OpenAI. Gemini.

Le mouvement est déjà là. Encore discret. Souvent expérimental.

Mais bien réel.

Le sujet paraît séduisant. Plus de productivité. Moins de temps perdu. Des équipes augmentées.

Et soyons honnêtes : nous-mêmes, chez The Moon Venture, utilisons ces outils quotidiennement.

Parce qu’ils sont extraordinaires. Mais derrière cette révolution se cache une autre réalité, beaucoup moins commentée.

La facture. Car ces nouveaux outils fonctionnent avec une logique radicalement différente des logiciels traditionnels. On ne paie plus seulement un abonnement.

On paie une consommation. Au token. À l’usage.

Et plus l’IA devient sophistiquée… plus les coûts peuvent devenir difficiles à anticiper.

Des développeurs expliquent déjà consommer leurs crédits mensuels en quelques jours.

Des entreprises découvrent une nouvelle ligne budgétaire : celle d’une intelligence artificielle qui travaille… mais facture.

Et soudain, je me suis fait une réflexion assez brutale. Nous sommes peut-être en train d’assister à une nouvelle victoire américaine.

Encore plus stratégique que la précédente.

Parce qu’après avoir capté nos budgets publicitaires… les États-Unis sont en train de capter une partie croissante de notre productivité intellectuelle.

Et le plus troublant dans cette histoire, c’est peut-être celui-ci : ce n’est même pas une bataille que l’Europe est en train de perdre.

Parce qu’à bien des égards… nous n’avons même pas encore commencé à la mener.

Nous débattons de régulation. Les Américains construisent les usages.

Nous débattons des risques. Eux installent les infrastructures.

Nous cherchons parfois encore notre stratégie… pendant qu’eux deviennent déjà la couche invisible de fonctionnement de nos entreprises.

Et la vraie question n’est peut-être pas technologique. Elle est économique. Et presque civilisationnelle.

Que devient une Europe qui délègue progressivement son intelligence productive à des plateformes étrangères ?

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Arbitrage

Par Matthieu JARRY

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