Le débat politique se radicalise autour du temps de travail, une autre révolution avance silencieusement : celle de l’IA et de la productivité. Pourquoi le marché des animaux de compagnie explose-t-il pendant que la natalité s’effondre ? Et pourquoi la pensée d’Edgar Morin nous rappelle, à 104 ans, l’urgence de réapprendre à penser la complexité !
La campagne présidentielle est lancée. Cela se sent.
Emmanuel Macron vit ses « dernières fois ». Jeudi encore, c’était son dernier 8 mai en tant que Président de la République.
Et déjà, toute la vie politique française semble avoir les yeux rivés vers un seul horizon : 2027.
La politique ne commente presque plus le présent. Elle prépare désormais l’élection. Fini les grandes réformes structurelles. Fini les débats de fond au long cours.
L’heure est à la stratégie. Partisane. Personnelle. Médiatique.
Il faut exister. Marquer les esprits. Créer un clivage. Et pour cela, rien de plus efficace que la radicalité.
On se souvient du fameux : « Mon ennemi, c’est la finance » de François Hollande. Cette fois, le nouveau champ de bataille semble tout trouvé : le travail.
Depuis plusieurs semaines, les propositions s’enchaînent.
À gauche, certains parlent désormais d’une semaine à 15 heures, présentée comme une réponse à la transformation du travail, au partage de l’emploi et à une nouvelle émancipation individuelle.
Au centre-gauche, revient l’idée d’une sixième semaine de congés.
À droite, le discours est exactement inverse. Édouard Philippe le répète régulièrement : « Travailler plus longtemps dans la semaine, plus longtemps dans l’année et plus longtemps dans la vie. »
Le débat semble donc presque caricatural : être de gauche reviendrait à vouloir travailler moins, être de droite à vouloir travailler plus.
Simple. Basique.
Mais est-ce vraiment à la hauteur du moment que nous vivons ?
Comme entrepreneur, je connais intimement les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur les entreprises françaises. Le niveau des charges. La complexité réglementaire. La difficulté à recruter. Les marges sous pression.
Et forcément, certaines propositions, pensées de manière trop théorique, peuvent faire craindre une fragilisation encore plus forte de notre tissu économique. Parce qu’une entreprise, avant de redistribuer, doit d’abord survivre.
Mais en parallèle, je suis aussi témoin d’une autre révolution. Peut-être même plus profonde encore.
L’intelligence artificielle. Depuis deux ans, elle est en train de transformer notre quotidien à une vitesse vertigineuse.
Dans nos métiers, la productivité explose. Des tâches qui prenaient plusieurs heures se réalisent désormais en quelques minutes.
Des métiers entiers commencent déjà à se redessiner. Et une question revient régulièrement me hanter :
Que restera-t-il à faire demain ?
Ou plus précisément : comment continuerons-nous à faire travailler tout le monde ?
Et c’est là que le débat politique me semble parfois déconnecté. Comme si nous étions encore en train de nous battre avec les lunettes du XXe siècle.
Faut-il travailler 17 heures ? 35 heures ? 40 heures ?
La vraie question est peut-être ailleurs.
Que devient une société lorsque le travail cesse progressivement d’être la principale source de valeur humaine ? Comment préserver un modèle social construit autour de l’emploi ? Comment éviter une fracture gigantesque entre ceux dont les compétences seront augmentées par l’IA… et ceux dont le métier sera progressivement absorbé ?
Je n’ai pas la réponse.
Mais j’ai la conviction d’une chose : le débat actuel n’est probablement pas à la hauteur de ce qui se joue réellement sous nos yeux.
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