J'ai lu cette semaine une étude qui m'a beaucoup plus interpellé qu'elle n'aurait dû.
Lors des élections municipales de mars dernier, 16 % des électeurs ont déclaré avoir utilisé une intelligence artificielle pour les aider dans leur choix politique.
16%. Ce chiffre paraît encore modeste.
Mais il raconte probablement quelque chose de beaucoup plus profond.
Pour la première fois dans notre histoire, des citoyens ne se contentent plus de regarder un débat télévisé, de lire un programme ou d'écouter un meeting.
Ils interrogent une machine. Ils lui demandent de comparer les candidats. D'analyser les programmes. De leur expliquer les conséquences économiques d'une proposition.
Parfois même de les aider à choisir.
L'étude explique d'ailleurs que l'IA agit davantage comme un outil de confirmation que de conversion. Les électeurs l'utilisent surtout pour valider une intuition déjà présente.
Peut-être. Mais peu importe finalement. Car le mouvement est lancé.
Et je ne peux m'empêcher de trouver fascinant que l'intelligence artificielle soit déjà entrée dans les urnes alors qu'une partie de notre classe politique semble encore la regarder de loin.
Ces derniers jours, j'ai écouté plusieurs personnalités politiques s'exprimer sur le sujet.
Et le grand écart m'a paru vertigineux.
J'ai d'abord entendu Jean-Luc Mélenchon.
Fidèle à lui-même, brillant orateur, capable d'intellectualiser le sujet et d'en saisir les implications philosophiques, démocratiques et sociales.
Il semble avoir compris que quelque chose de majeur est en train de se produire.
Mais avec aussi le sentiment qu'il observe davantage le phénomène qu'il ne le pratique.
Puis il y a eu Édouard Philippe.
J'avoue que je m'attendais à une maîtrise beaucoup plus concrète du sujet.
À une utilisation quotidienne.
À des exemples précis.
À une compréhension de ce qui transforme déjà les entreprises.
J'ai découvert au contraire ce qui ressemble davantage à un test réalisé quelques minutes pour pouvoir dire : "je connais".
Comme si l'on pouvait comprendre Internet après avoir envoyé trois emails.
Et puis cette semaine, je suis tombé sur une interview d'Arnaud Montebourg.
Depuis qu'il a quitté la politique pour devenir entrepreneur, je prends beaucoup de plaisir à l'écouter.
Et lorsqu'il explique très naturellement avoir utilisé Claude pour estimer le coût du programme économique du Parti Socialiste, j'ai entendu quelque chose de différent.
On n'est plus dans la théorie.
On n'est plus dans la philosophie.
On est dans l'usage.
Dans le concret.
Dans la compréhension de ce qui est déjà en train de se produire.
Car c'est peut-être cela qui m'inquiète le plus.
L'IA est désormais suffisamment présente pour influencer la façon dont certains électeurs réfléchissent à leur vote.
Mais elle reste encore insuffisamment comprise par une partie de ceux qui aspirent à gouverner.
Et pourtant, nous parlons probablement de la plus grande transformation économique et sociale depuis la révolution industrielle.
Une révolution qui ne se prépare pas dans les livres.
Elle se comprend sur le terrain.
Assis à côté d'un développeur.
D'un juriste.
D'un commercial.
D'un entrepreneur.
En lui demandant simplement :
"Montre-moi ce que tu fais avec l'IA."
Je suis convaincu que beaucoup de responsables politiques découvriraient alors un monde très différent de celui qu'ils imaginent.
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