Il y a quelques semaines, je vous racontais mon lien avec le monde agricole.
Cette enfance passée dans le bocage normand, entre les vaches, les moissons et les vêlages.
Je pensais avoir fait le tour du sujet.
Et puis cette semaine, un rapport du Sénat est venu me rappeler à quel point nous pouvons parfois participer, sans même nous en rendre compte, à ce que nous prétendons vouloir préserver.
Comme beaucoup d'entre vous, j'achète régulièrement des œufs bio en grande surface.
Avec cette conviction simple : si je paie plus cher, c'est que je contribue à mieux rémunérer celui qui produit.
Une forme de vote silencieux.
Un acte de consommation qui va dans le bon sens.
Du moins, c'est ce que je croyais.
Puis je suis tombé sur ce rapport du Sénat.
Sur une boîte de six œufs bio :
85 % de la valeur ajoutée revient à la distribution.
15 % au conditionnement.
0 % à l'éleveur.
Zéro.
J'ai relu plusieurs fois le chiffre.
Parce qu'il heurte une intuition profonde.
Comment est-il possible que celui qui nourrit, soigne ses animaux, assume les risques sanitaires, les investissements, le temps de travail... ne capte aucune valeur ajoutée supplémentaire sur un produit vendu plus cher ?
Et surtout, comment pouvons-nous continuer à parler de souveraineté alimentaire dans ces conditions ?
On parle beaucoup de réindustrialisation.
De défense.
D'indépendance énergétique.
Mais l'alimentation est probablement l'une des formes les plus fondamentales de souveraineté.
Une souveraineté qui ne se décrète pas.
Une souveraineté qui se rémunère.
Sans agriculteurs, il n'y a plus d'agriculture.
Et sans agriculture, il n'y a plus de souveraineté.
Suite à ce rapport, j'ai regardé l'interview de Michel-Édouard Leclerc.
Je m'attendais à voir s'ouvrir un débat sur la répartition de la valeur.
Sur la manière de mieux rémunérer les producteurs.
Sur la pérennité de notre modèle agricole.
Mais ce qui m'a frappé, c'est à quel point le sujet a rapidement glissé ailleurs.
La défense du pouvoir d'achat. Encore toujours. Pas de débat possible, ils mettent une cape et se défendent de faire tout ça d’abord pour les Français.
Puis la critique d'une France catholique qui serait mal à l'aise avec le commerce, le profit ou la réussite économique.
Comme souvent, le débat s'est déplacé.
Et on a évité les vraies questions : “est-ce qu’en gardant cette stratégie vous êtes conscient que vous allez tuer l’agriculture française ?”
Vous trouvez ça juste que le consommateur qui fait un effort pour acheter plus cher des produits se rende compte après, que les agriculteurs sont moins rémunérés que sur des produits discounts ?
C'est probablement pour cela que l'interview de Nicolas Chabanne, le fondateur de C'est qui le patron ?!, m'a autant marqué. Et pourtant c’était il y a quelques années (ICI)
Son idée est presque désarmante de simplicité.
Changer le monde avec quelques euros.
Expliquer clairement au consommateur où va son argent.
Lui permettre de choisir.
Et lui montrer qu'en ajoutant quelques centimes sur un produit, il peut transformer concrètement la rémunération d'un producteur.
Nous passons beaucoup de temps à attendre que les États, les grandes entreprises ou les institutions changent le monde.
Mais certaines transformations commencent parfois par des gestes beaucoup plus modestes.
Une boîte d'œufs.
Une brique de lait.
Des dizaines de centimes supplémentaires, mais la certitude que les agriculteurs derrière en profient…
Car avec ce que j’entends les grands changements dont nous avons besoin ne semblent pas être au rendez-vous en 2027…
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