Il y a des chiffres qui obligent à s'arrêter quelques minutes.
Celui que j'ai découvert cette semaine en fait partie.
Aux États-Unis, 90 % des gérants actifs font moins bien que leur indice de référence sur longue période.
C'est d'ailleurs l'une des raisons qui expliquent le succès phénoménal des ETF et de la gestion passive : pourquoi payer un professionnel si celui-ci fait moins bien que le marché ?
Et pourtant...
Une étude publiée cette semaine montre que les sénateurs américains ont, une nouvelle fois, largement surperformé ces mêmes indices.
Des élus.
Pas des gérants.
Pas des analystes financiers.
Pas des traders professionnels.
Des femmes et des hommes dont le métier est, en théorie, de voter des lois.
Le contraste est saisissant.
Il serait évidemment simpliste d'en conclure que tous les sénateurs sont de brillants investisseurs.
Mais il serait tout aussi naïf de ne pas se poser de questions.
Car les marchés financiers reposent sur une idée fondamentale : chacun investit avec les mêmes informations publiques.
Or ceux qui écrivent les lois, auditionnent les dirigeants, rencontrent les administrations, préparent les grandes orientations budgétaires ou réglementaires disposent naturellement d'une compréhension beaucoup plus fine des transformations à venir.
Ils ne connaissent pas forcément les résultats de demain.
Mais ils comprennent souvent avant les autres où le monde est en train d'aller.
Et c'est probablement ce qui me fascine le plus.
Il y a quelques semaines, j'écrivais dans cette newsletter :
« La règle ? Il n'y a plus de règle. »
Je parlais alors de la manière dont certains acteurs réécrivent progressivement les règles de la finance.
Cette nouvelle étude me pousse à aller encore plus loin.
Car la vraie question n'est peut-être plus de savoir qui respecte les règles.
Mais qui les écrit.
Et surtout qui est capable d'anticiper les conséquences économiques de ces décisions.
En regardant les meilleures performances de l'année, un autre constat saute aux yeux.
Les grandes valeurs liées à la défense, à l'intelligence artificielle, aux infrastructures ou à l'énergie occupent une place prépondérante.
Autrement dit, les secteurs directement influencés par les choix géopolitiques et industriels des États.
Le phénomène Trump est souvent résumé à des déclarations fracassantes ou à une communication imprévisible.
Je pense que ce serait une erreur.
Derrière le personnage se dessine une véritable stratégie de puissance : réindustrialisation, souveraineté énergétique, domination technologique, défense, infrastructures numériques.
Et les marchés, comme certains investisseurs très bien informés, semblent déjà avoir commencé à intégrer cette trajectoire.
C'est aussi pour cette raison que j'aime autant investir dans les startups.
Parce qu'investir, ce n'est pas seulement analyser un compte de résultat.
C'est essayer de comprendre où le monde sera dans cinq ou dix ans.
Et accepter qu'aujourd'hui plus que jamais, la valeur ne se crée plus seulement dans les entreprises...
Mais aussi dans la compréhension des règles du jeu qui sont en train de s'écrire sous nos yeux.
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